Un vêtement Mango comprend en moyenne 40 % de fibres alternatives ou recyclées dans sa composition en 2024, contre 18 % cinq ans plus tôt. La marque espagnole s’est engagée publiquement à atteindre 100 % de coton plus durable et 50 % de polyester recyclé d’ici 2025. Pourtant, des audits indépendants continuent de pointer des zones d’ombre dans la chaîne d’approvisionnement, notamment sur la traçabilité des matières premières et les conditions de travail dans certains pays partenaires.
Les efforts de Mango se heurtent aussi aux accusations de greenwashing, alors que le groupe multiplie les campagnes de communication sur ses avancées écologiques. Les données publiées révèlent des progrès mesurables, mais suscitent toujours des interrogations sur la réalité des engagements affichés.
La mode durable selon Mango : ambitions affichées et réalités du secteur
Dans la tour de verre du siège barcelonais de Mango, la stratégie de mode durable s’affiche partout, jusque dans les missions de chaque département. Sustainable Vision 2030 n’est pas qu’un slogan : c’est une organisation structurée autour de trois pôles, produit, planète, personnes. La promesse s’incarne jusque dans l’organigramme. Isak Andic, fondateur et bâtisseur, a hissé l’enseigne au rang de mastodonte : 2 700 points de vente, 14 000 salariés, et des chiffres d’affaires à faire pâlir la concurrence.
Parmi les étapes promises, Mango met en avant plusieurs objectifs précis :
- L’intégration de fibres recyclées ou alternatives dans la totalité de ses collections à l’horizon 2030
- La neutralité carbone visée pour 2050
- Un effort sur la réduction de l’utilisation de l’eau de 25 %
- La publication de la liste exhaustive de ses fournisseurs
Le Comité RSE Mango veille à ce que ces lignes directrices s’inscrivent dans chaque filiale, qu’il s’agisse de Mango Kids ou de Mango Home. Andrés Fernández, responsable du développement durable, multiplie les contrôles sociaux auprès des partenaires de la marque, de la Turquie au Bangladesh, du Maroc au Portugal. Mango s’appuie sur des fabricants comme Textil Santanderina, Belda Llorens ou Lenzing AG pour assurer la traçabilité des matières utilisées.
La marque rend désormais publique la liste de ses fournisseurs sur trois niveaux, adhère à la Transparency Pledge et s’engage dans des initiatives comme le Fashion Pact ou la UN Fashion Charter. Les actions sociales se multiplient : collecte de vêtements usagés, projets humanitaires avec Médecins Sans Frontières ou la Fundación Vicente Ferrer. Mais derrière la communication, la réalité industrielle d’une enseigne fast fashion demeure, avec ses volumes de production et ses impératifs de rentabilité.
Fibres alternatives, processus de production et initiatives responsables : que fait vraiment Mango ?
La production Mango s’étend sur plusieurs continents et fait appel à un réseau dense de fournisseurs. Turquie, Maroc, Chine, Bangladesh, Vietnam, Portugal, Inde : l’organisation de la fabrication exige une vigilance constante sur la chaîne d’approvisionnement, la coordination des usines et la traçabilité des matières premières. Pour s’appuyer sur des ressources plus durables, Mango collabore avec des partenaires comme Textil Santanderina, Belda Llorens ou Lenzing AG, spécialistes reconnus des fibres alternatives : coton bio, polyester recyclé, viscose certifiée.
La marque s’est fixé un cap : 100 % de fibres recyclées ou durables d’ici 2030. Les collections Committed, Beyond ou Denim Circulaire matérialisent cette orientation. Pour aller plus loin, Mango publie la liste de ses fournisseurs jusqu’au troisième rang, une transparence encore peu courante dans le secteur. Les contrôles sociaux et environnementaux se renforcent, notamment grâce au Higg Facility Social & Labour Module.
Voici quelques initiatives que Mango met en avant dans sa démarche responsable :
- L’adhésion à la Transparency Pledge
- Des partenariats avec le Leather Working Group pour encadrer la filière cuir
- L’engagement dans des coalitions comme le Fashion Pact et la UN Fashion Charter
- Des collaborations avec la Fundación Cares ou Ilunion pour favoriser l’inclusion
- Des projets solidaires avec des ONG telles que Médecins Sans Frontières ou la Fundación Vicente Ferrer
Malgré la cadence industrielle, Mango cherche à réduire son empreinte écologique. Ses objectifs sont chiffrés : diminuer de 25 % la consommation d’eau, abaisser de 30 % les émissions de CO2 d’ici 2030, atteindre la neutralité carbone pour 2050. Un chantier considérable où chaque progrès doit rimer avec transparence et responsabilité.
Greenwashing, traçabilité et limites : ce que révèlent les critiques sur la démarche de Mango
Mango affiche sa stratégie Sustainable Vision 2030 sur tous les fronts. Les annonces se succèdent : fibres recyclées, transparence sur les fournisseurs, audits sociaux, collections dites « responsables ». Le discours rassure mais le modèle reste celui de la fast fashion : production accélérée, quantités énormes, collections renouvelées à toute vitesse. La multinationale fondée par Isak Andic poursuit son expansion, multiplie l’ouverture de magasins, écoule ses vêtements dans plus de 100 pays et brasse des milliards d’euros.
Les avancées sur la traçabilité sont notables : Mango communique la liste de ses fournisseurs (jusqu’au niveau 3), une démarche encore rare. Mais les informations sur les conditions de travail des sous-traitants restent incomplètes. Des ONG et syndicats, tels que CC. OO Industria, dénoncent l’opacité persistante sur les salaires, les cadences, la sécurité. La présence d’usines au Bangladesh, au Maroc ou en Chine questionne la cohérence du discours social avec la réalité de terrain.
Les critiques sur le greenwashing demeurent vives. La communication sur la durabilité masque-t-elle les rouages du modèle industriel ? Les volumes, la rapidité, la pression sur les coûts rendent la promesse difficile à tenir. Mango s’inscrit dans la lignée des géants du secteur, Inditex, Zara, Shein, Primark, Bershka. Les efforts en matière de RSE ne suffisent pas à effacer l’empreinte environnementale du système. Des observateurs comme Marcel Planellas rappellent : la mutation structurelle, pas seulement cosmétique, attend toujours sa démonstration.
À l’heure où la mode cherche à se réinventer, le défi de Mango réside moins dans ses annonces que dans la transformation concrète de son modèle. Fast fashion et éthique : la cohabitation s’annonce mouvementée. Qui osera vraiment ralentir la course ?


