En 2022, plus de 100 milliards de vêtements ont été produits dans le monde, un record jamais atteint auparavant. Certaines enseignes continuent d’accélérer le rythme, lançant jusqu’à 52 collections par an et renouvelant leur offre toutes les semaines.
Derrière cette surproduction, des chaînes d’approvisionnement opaques et des pratiques pointées du doigt pour leur impact environnemental et social. Plusieurs marques concentrent à elles seules l’essentiel des critiques et des signaux d’alerte émis par les ONG et les chercheurs.
Fast fashion : comprendre un modèle aux lourdes conséquences
La fast fashion a bouleversé la façon dont l’industrie textile fonctionne. Ici, la mode éphémère impose son tempo : collections qui s’enchaînent, nouveautés chaque semaine, et une pression sourde pour consommer plus, tout le temps. Les rayons se remplissent, la tentation grandit, et la montagne de déchets textiles ne cesse de prendre de la hauteur. Résultat : une pollution à grande échelle, des ressources naturelles exploitées sans répit, une planète qui paie l’addition.
Côté environnement, l’addition se chiffre en millions de tonnes de vêtements jetés ou brûlés chaque année. Le coton, pilier de ce secteur, engloutit des volumes d’eau vertigineux et fait grimper l’utilisation de pesticides. Teintures, finitions : les produits chimiques toxiques finissent trop souvent dans les rivières, laissent des traces sur la biodiversité, et mettent en péril la santé des riverains.
Mais l’envers du décor, c’est aussi la réalité humaine. Derrière les étiquettes, des enfants au travail, des ouvriers sous-payés, des horaires à rallonge. Au Bangladesh, au Cambodge, dans des ateliers invisibles, la cadence ne fléchit pas. Le drame du Rana Plaza en 2013 a marqué les esprits : un bâtiment effondré, des centaines de vies fauchées, la lumière crue sur des conditions de travail indéfendables.
Face à cette spirale, la slow fashion fait son chemin. On parle durabilité, qualité, transparence. Des labels émergent, des outils numériques se multiplient pour aiguiller les choix. La mode évolue, la vigilance grandit.
Quelles marques sont pointées du doigt pour leurs pratiques controversées ?
Le nom de Shein circule partout : dans les discussions d’experts, les analyses d’ONG, les colonnes des médias. C’est la quintessence de l’ultra fast fashion : collections qui s’enchaînent à la vitesse de l’éclair, production massive, chaîne d’approvisionnement opaque. Les rapports d’associations dénoncent régulièrement le recours à des ouvriers sous-payés, parfois mineurs, dans des usines chinoises où le rythme ne s’arrête jamais.
Derrière Shein, les géants Zara et H&M restent sous le feu des projecteurs. Leur modèle : fabriquer en masse, dans des ateliers du Bangladesh ou du Cambodge, souvent dans des conditions qui continuent d’inquiéter. Le drame du Rana Plaza a exposé au grand jour la réalité des usines de confection. Les avancées annoncées ne suffisent pas à dissiper les doutes, la cadence de production restant inchangée.
Puis il y a Primark, C&A et Temu. Les prix cassés s’expliquent par une pression maximale sur les fournisseurs et la main-d’œuvre. Sur la traçabilité, l’opacité domine encore.
Voici un aperçu synthétique des grandes enseignes régulièrement épinglées :
- Shein : ultra fast fashion, chaîne opaque, soupçons d’exploitation humaine.
- Zara & H&M : volumes massifs, production délocalisée, incidents majeurs documentés.
- Primark, C&A, Temu : stratégie du prix bas, conditions de travail contestées.
Ces marques restent sous surveillance. Les investigations, les rapports d’ONG, les témoignages s’accumulent et dessinent un panorama préoccupant.
Zoom sur les impacts environnementaux et sociaux de la fast fashion
La fast fashion, c’est un cortège d’effets délétères, loin de toute idée de glamour. L’industrie textile figure parmi les secteurs les plus polluants, juste après l’énergie fossile. Derrière les vitrines : montagnes de déchets textiles, eaux usées saturées de substances nocives, vêtements synthétiques issus du pétrole. Selon l’Ademe, plus de 100 milliards de pièces sont produites chaque année. Moins de 1 % des fibres textiles seront recyclées en nouveaux habits. Le reste termine sa course en décharge ou dans les incinérateurs.
À l’échelle mondiale, on fait face à une pollution des eaux, des émissions de CO₂ à la hausse, une biodiversité grignotée. Les microfibres plastiques relâchées à chaque lessive, l’empreinte des teintures ou encore la surexploitation des sols : tout s’additionne. Les alertes de Greenpeace, les campagnes d’Oxfam, les rapports des Nations Unies convergent : l’impact environnemental du secteur est lourd à porter.
L’aspect social n’est pas en reste. Derrière chaque t-shirt à bas coût, des ateliers au Bangladesh, en Éthiopie ou au Cambodge, des salaires qui ne permettent pas de vivre, des droits syndicaux inexistants. Le souvenir du Rana Plaza reste vif : une tragédie qui continue de résonner. Les témoignages relayés par Oxfam, les enquêtes de terrain, les campagnes de Greenpeace montrent qu’en matière d’exploitation humaine, la fast fashion a encore beaucoup à se reprocher.
La France tente de mettre un coup d’arrêt à cette frénésie avec la loi anti fast fashion. Mais pendant que Shein, Temu ou Zara accélèrent, les dégâts sociaux et environnementaux s’alourdissent.
Des alternatives responsables pour consommer la mode autrement
Changer de cap, c’est possible. Opter pour la slow fashion, c’est rompre avec le diktat du renouvellement permanent. On privilégie alors la mode durable, celle qui repose sur l’éthique, la qualité et la circularité. Les vêtements ne sont plus de simples accessoires jetables, mais des pièces qui accompagnent, qui durent.
Le marché de la seconde main connaît un véritable essor : plateformes numériques, friperies en ville, applications spécialisées. Vinted, Emmaüs, Le Relais : autant de solutions pour s’habiller différemment, loin de la surproduction. D’autres préfèrent l’upcycling, transformant des vêtements oubliés en créations uniques. L’économie circulaire gagne du terrain, et petit à petit, le gaspillage recule.
Plusieurs repères s’imposent pour acheter responsable : les labels et certifications. Oeko-Tex, GOTS, Fair Wear Foundation : ces sigles garantissent le respect de critères environnementaux et sociaux exigeants. La traçabilité s’impose aussi comme un critère de choix, portée par l’exigence croissante des consommateurs et soutenue par de nouvelles réglementations françaises.
Voici quelques pistes concrètes pour adopter une consommation qui fait sens :
- Privilégiez les marques locales, engagées sur la durée et la réparation.
- Misez sur le commerce équitable : Veja, Knowledge Cotton Apparel ou encore certaines collections de Patagonia.
- Explorez les plateformes de location de vêtements pour limiter l’accumulation.
Adopter la mode responsable, c’est choisir un rythme différent, refuser l’obsolescence programmée, miser sur la durabilité. Une nouvelle génération de créateurs et de consommateurs prend ce virage : fabriquer moins, mais mieux. Le vestiaire du futur s’écrit peut-être déjà dans nos choix d’aujourd’hui.


